Jeudi 28 février 2008
Le lendemain matin à six heures, non, à sept heures, bon d'accord, à huit heures, je me lève pour profiter du plus grand nombre d'heures de jour possible. En comptant mes deniers, je me rends compte qu'il me reste juste assez d'argent pour manger et dormir la nuit qui vient. Et comble de malchance, il n'y a pas un distributeur de billets à l'horizon... me voilà fort marri.
Heureusement, il m'a suffi de chouiner un peu pour que le tenancier du refuge m'offre de bon coeur une tartine de confiture et un grosse brique de pain maison pour le repas. C'est un pain bien consistant, certains s'en servent pour faire les joints. Il voulait aussi me donner du fromage pour compléter, mais je n'ai pas voulu abuser: c'est assez chiant de monter les victuailles sur le dos à partir de la ville.

En versant une petite larme pour l'aubergiste qui sans façons m'a donné quatre bouts de pain quand dans ma vie il faisait faim, je suis reparti. Le retour jusqu'à cajon del azul a été plus facile que l'aller, vu que là la tendance était à la descente; par contre, je mesurais plus mes efforts. près du cajon, j'ai voulu garder un souvenir de cette passerelle fort sympathique, sur laquelle je ne faisais pas le malin.


Hopopop, c'est pas tout ca, j'arrive à cajon, et je m'achète du paté de foie pour compléter mon repas de pain. Ce n'est pas grave, ce soir je mangerai des cailloux. Chose marrante, le paté de foie s'est bien exporté en Argentine; d'ailleurs, l'inscription est en francais sur la boite.

Trêve de babillages, il faut repartir. La plus grosse partie de mon parcours m'attend. Ca commence assez vite par une très grosse montée sous un soleil de plomb, un dénivellé de mille cinq cents mètres dans lequel je suis forcé de faire beaucoup de pauses, essoufflé et avec le coeur qui tambourine. Je ne suis peut-ëtre pas tant de Bilbao que ca, finalement. Heureusement, en chemin j'ai trouvé deux bons poteaux sur lesquels je peux compter, et qui m'aideront pendant la montée. Une fois en haut, je les remercie et prends une photo souvenir de ces vieilles branches.


Le plus dur est passé, là il n'y a pratiquement plus qu'à mettre machinalement un pied devant l'autre et faire de la distance. Heureusement, parce que je suis lessivé. Sur le chemin, je trouve beaucoup de petites boules de fils, et je ne comprends pas d'où ca vient.



Au bout d'un moment, je finis par lever la tête, ce qui me permet d'élucider ce mystère. Il s'agit d'un parasite accroché sur presque tous les grands arbres.


J'arrive au refuge du lago natacion, dans lequel j'achète un paquet de pâtes. Comme ca, il me restera assez pour m'acheter un bout de pain demain matin. Heureusement que l'eau des rivières est potable...
On me conseille de profiter que je suis là pour aller voir une grotte creusée dans un petit glacier par un ruisseau. Pourquoi pas.


Sur le dernier morceau du parcours, une grosse surprise m'attend: une grosse descente très pentue. Il faut faire pas mal d'efforts pour ne pas glisser ou tomber en avant, et je fais autant de pauses que pendant la montée. Là je n'en peux vraiment plus, et ca n'en finit pas. Enfin si, ca finit quand même par se terminer. A priori, je ne suis plus très loin. J'apercois un paysage digne d'une carte postale suisse.



J'arrive au refuge où je m'écroule; je l'ai fait! Content, le Jean-Paul. Bon, il est temps de s'occuper de ce corps qui se plaint. C'est qu'en plus je suis allé au glacier torse-nu, mes hauts étant trempés de sueur. Oh oui, je ne me sens pas très bien... bon, on mange et au lit. Ah tiens, mais qu'est-ce que c'est que ce trou? Si vous trouvez, dites-le-moi.




Pour le retour depuis hielo azul, c'est peu de montée et beaucoup de descente, aye, mes genoux. Ca se passe tant bien que mal, je crois que ce n'est pas un chemin particulièrement rude mais j'ai quand même du mal. Arrivé tout près de la fin, j'arrive à me paumer dans des petits sentiers, mais quand au bout d'une demie-heure j'arrête de faire ma mule pour rebrousser chemin jusqu'â l'endroit où je me suis trompé, tout va mieux. Le chemin finit avec un autre pont suspendu encore plus délabré que les précédents; il était marrant à traverser.




Après cela, bon, j'arrive a un camping loin de la ville, la route principale est à 2-3 kilomètres, grosse montée, c'est dur mais on y arrive. Des jeunes me prennent assez vite en stop, et je reviens à El Bolson, très content de cette randonnée.

Deux heures après, alors que je partage un taxi avec des inconnus pour aller chercher les affaires que j'ai laissées avant la randonnée, une des nanas me donne spontanément son numéro en me demandant de l'appeller. Comme quoi, les mecs heureux, même s'ils sont crevés, sales, débraillés et qu'ils sentent mauvais, ca plaît aux femmes.
par Jean-Paul
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